Ce premier article du blog de l’Atelier Saint Michel ne pouvait être que consacré à la lumière. Mais pas n’importe laquelle, car c’est de lumière divine qu’il sera ici question.
Elle a toujours été là, dès le début, lorsque dédier l’Atelier Saint Michel à Noël m’est apparu comme une évidence. Broder la Nativité de Jésus, lumière du monde, même si elle n’est pas la seule, est ma principale thématique et ma première source d’inspiration.
La lumière brille dans les ténèbres,
et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.
Jean 1:5
Mais comment broder pour rendre la splendeur de la lumière ? Moi qui suis venue à la broderie notamment par amour des couleurs, j’ai tout naturellement commencé par utiliser des teintes lumineuses.
C’est ainsi que les fils d’un jaune proche du doré se sont imposés… le 783 et le 3820 de chez DMC pour ne pas les nommer.

Puis est arrivé le temps, lors de l’une de mes premières formations, de devoir utiliser un fil métallisé doré. J’étais très méfiante au début, car une (courte) expérience avec le mouliné métallisé de chez DMC m’avait notablement refroidie : il s’effiloche, se casse et le rendu est très décevant.

Mais avec le fil métallisé tressé de la marque Au Ver à Soie, ce fut l’amour au premier regard. Devant moi s’ouvraient des horizons nouveaux et aussi infinis que le nombre de nuances… plus de 40 (en vérité, j’utilise quasiment toujours la même : la 002, dénommée « Or Chaud »).
Quand on pense broderie, on pense d’abord techniques : fil, matière et point. Or, grâce à ce fil magique, j’ai compris que l’on pouvait certes capturer la lumière par le fil, mais pas que. Car il est le combo parfait entre souplesse et résistance, lumière et structure, brillance et texture.
Mais revenons à la lumière. Et à l’inspiration. La mienne, je la trouve avant tout dans la peinture.
Rendre visible la lumière divine
À la fin du Moyen-Âge, broderie et peinture n’étaient pas rivales, mais sœurs. Ce n’est donc pas un hasard si des génies de la peinture tels Botticelli ou Pollaiolo dessinaient des modèles pour les brodeurs. Et l’auréole, dorée cela va de soi, symbole du divin, est devenue le terrain de jeu favori de ces deux arts pour piéger la lumière.
L’auréole du brodeur : la soie et le fil d’or
Pour broder la lumière, deux techniques étaient utilisées au Moyen-Âge et durant la Renaissance :
- celle du fil d’or posé et couché – par un fil de soie de la même teinte (Couching) ;
- et celle du fil d’or ombré – par des fils de soie en couleur (Or Nué).
Qu’ils soient flamands, anglais ou italiens, les brodeurs utilisaient donc toujours la soie et l’or, les deux précieux piliers de la lumière. Je consacrerai très prochainement un article sur ces deux techniques d’exception. En attendant, je vous laisse admirer la beauté du rendu :


M. Kérignard © Inventaire général Région Occitanie ; © J. Pagnon
L’auréole du peintre : Le métal gravé dans le bois
Pour représenter une auréole, la technique picturale des grands maîtres, tels Giotto et Fra Angelico, était d’appliquer de la feuille d’or sur un enduit de plâtre (le gesso).
Puis démarrait le travail de la lumière ; mais comme l’or pur est très plat, les peintres utilisaient des poinçons et gravaient des motifs géométriques ou des rayons directement dans l’or pour lui apporter un peu de vibration. Ce sont ces incisions qui accrochent la lumière sous différents angles et créent le mouvement.



Admirer ces merveilles de (tout) près m’a permis de comprendre que la broderie pouvait elle aussi sculpter la lumière, en lui donnant texture et légèreté. À l’instar d’un tableau, elle devient une toile sur laquelle broder revient à peindre en trois dimensions. Car là où le peintre tente de créer l’illusion de la lumière avec des pigments plats, le brodeur utilise la matière et le relief pour piéger la vraie lumière de la pièce. Et quand il s’agit de la lueur vacillante des bougies, c’est encore mieux !
En saisissant comment la lumière frappait le fil, en m’autorisant à jouer avec les textures, j’ai senti ma pratique passer de l’artisanat à une démarche artistique.
La via di mezzo
Comme disent nos amis italiens, cette voie du milieu, ce terrain d’entente, je l’ai découvert dans la broderie contemporaine brésilienne qui utilise beaucoup l’aquarelle. Ce n’est pas parce que le point brodé est comme un coup de pinceau que l’on ne peut pas en utiliser un vrai, de pinceau : j’ai donc choisi d’abolir la frontière entre broderie et peinture, créant un véritable terrain d’entente entre deux techniques ancestrales qui ont toujours marché côte à côté. Cela pourrait sembler un compromis, un choix a minima en attendant de maîtriser certaines techniques de broderie plus complexes, mais il n’en est rien : marier peinture et broderie pour qu’elles marchent désormais main dans la main, me semble plus que jamais aller de soi pour révéler la lumière divine.


La suite
Si je devais résumer, je dirais que je suis venue à la broderie pour les couleurs et que j’y reste pour la lumière (c’est vraiment un résumé, hein).
Mais la couleur n’est pas en reste, car l’une des prochaines étapes est de broder avec des fils de soie, les plus brillants, les plus doux, les plus délicats (et tout aussi délicats à utiliser). Les fils brillants, qu’il soient de soie, de rayonne ou d’or pour les zones de lumière répondront aux fils mats, de laine ou de coton, qui eux capturent les ombres et absorbent la lumière… comme en peinture.
Fils de soie, fils de laine… tout me porte vers le Moyen-Âge et le début de la Renaissance. Quant au fil d’or, il me permet de ne jamais lâcher la main du divin ✨
Pour aller plus loin…
Cennino Cennini, un peintre italien du XIVe siècle, a écrit un traité d’art décrivant précisément comment réaliser des auréoles à la feuille d’or, mais aussi comment préparer les dessins pour les brodeurs. En plus d’être la preuve historique ultime de la fusion de ces deux arts, Il Libro dell’Arte constitue le témoignage le plus détaillé des pratiques d’atelier en vigueur à la fin du Trecento. Rédigé entre 1390 et 1437, il est considéré comme le plus important traité sur la peinture italienne.


NB : vous noterez que je suis arrivée à écrire un article sans (presque) mentionner Giotto.
NB2 : sauf mention contraire, toutes les photos de cet article sont la propriété de l’Atelier Saint Michel et ne sont donc pas libres de droits.

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